De la souffrance…
La douleur est une expérience sensorielle, une information nous permettant souvent d’adapter au mieux notre comportement pour éviter de mettre en danger notre intégrité physique. Elle est en partie liée à ce que la physique moderne appel l’entropie, qui caractérise mathématiquement la tendance de l’univers à évoluer naturellement vers le désordre. La vie présente la caractéristique remarquable de résister à cette tendance et à créer de l’ordre, ce que le célèbre physicien Schrödinger appela la néguentropie de la Vie. Mais l’entropie est néanmoins inéluctable et conduit naturellement l’être vivant à la dégradation de sa dimension et ultimement à la mort. À chaque second, on n’arrête pas de mourir et de naître, pensez aux milliers de cellules de notre corps qui meurent ou naissent chaque jour ! Pensez aux circonstances qui varient, aux échecs et aux pertes qui sont vécus souvent comme autant de deuils. Pourtant, la mort, le changement la dégradation de ce qui a été construit, c’est justement ce qui permet à la vie de manifester son potentiel de création, de renouvellement, et d’organisation. L’esprit a une inscription corporelle et lorsque notre corps ou notre environnement changent , surgissent dans l’espace de notre conscience des émotions qui elles-mêmes génèrent des flots de pensées. Inversement, une émotion se traduit toujours par une inscription corporelle. L’angoisse par exemple « noue » les intestins ou la gorge. Le stress provoque des ulcères, etc.….
Contrairement à la douleur, la souffrance, elle, est une expérience conceptuelle.
Ce qui nous fait souffrir, c’est de passer de « J’ai mal » à « Je SUIS mal ».
Nous rajoutons la couche conceptuelle de la crainte et de l’aversion, et pour les expériences positives, celles de l’attachement et de l’espoir. Refuser la douleur physique ou émotive revient à refuser la vie. Mais nous avons toujours le choix de ne pas la transformer conceptuellement en souffrance.
Lorsque « j’ai Mal », deux possibilités s’offrent à moi :
- Soit je me laisse écraser et même réduire à « JE SUIS MAL »,
- Soit je l’accepte pour ce que cette situation est : une simple information, une simple émergence dans le courrant ininterrompu de ma conscience.
Sans espoirs ni aversions, la douleur devient alors une clef permettant de passer à une nouvelle étape physique, psychologique, affective ou spirituelle.
Elle peut alors devenir féconde, et développer notre sensibilité à la vie, et notre sensibilité à la souffrance des autres.